Expositions · Textes · Entretiens

Le Langage des Viscères ··· 2018 / Amine Bouccekine

« Difficile de dire si les photographies de Elisa Leonie Migda révèlent le caractère onirique de la matière ou bien si elles exposent la dimension corporelle de la lumière. Entre les ondes et les particules, la réalité balance, et ces photographies semblent suivre ce mouvement à la trace tout en en livrant, notamment à travers une série d’autoportraits, des visions intimes et introspectives. »

Portraits du silence ··· Lelitteraire.com – 23 mai 2017 / Jean-Paul Gavard-Perret

« Elisa Migda trans­fi­gure le por­trait. Ses modèles semblent par­fois vou­loir échap­per à l’espace déli­mité par le cadre afin d’amorcer soit l’histoire d’une figu­ra­tion impos­sible, soit d’une pré­sence où le per­son­nage reste, fina­le­ment, piégé. Le por­trait reste insai­sis­sable. Les indices de réa­lité phé­no­mé­nale se dis­solvent dans cer­taines pho­to­gra­phies. Et le choix du noir et blanc ren­voie à un seuil d’émergence où le modèle est à la fois réel et irréel.
Ce n’est plus une his­toire qui est racon­tée, mais un jeu entre le per­son­nage et la focale de l’appareil pho­to­gra­phique. Même dans ses auto­por­traits, Elisa Migda refuse la séduc­tion spé­cu­laire au moment où para­doxa­le­ment le visage est cadré de près par le champ de l’objectif. L’image devient une manière de sug­gé­rer une attente ou un l’écho en pro­gres­sion vers une forme de pré­sent dubi­ta­tif, de pré­sent sans présent. »

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le jour, les rendez-vous.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Ils sont en moi, déployés et m’accompagnent.

À quoi avez-vous renoncé ?
À ne pas com­mettre d’erreurs.

D’où venez-vous ?
D’une rencontre.

Qu’avez-vous reçu en « héri­tage » ?
Mes ori­gines, des his­toires, des traces…

Qu’avez vous dû «pla­quer» pour votre tra­vail ?
Des situa­tions et cadres inadaptés.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Obser­ver le monde, m’extraire un peu de moi-même et le jardin.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
Tout et rien à la fois. Mon inti­mité, je pense.

Com­ment définiriez-vous votre approche du por­trait ?
À l’origine, j’ai été for­mée en stu­dio, ce qui m’a per­mis d’étudier, de tra­vailler et de trans­for­mer la lumière à ma guise.
À pré­sent, je fonc­tionne la plu­part du temps de manière intui­tive, presque prin­ci­pa­le­ment en noir et blanc. C’est une com­mu­ni­ca­tion plus inté­rieure même si la cou­leur per­met elle aussi ce lan­gage… mais c’est encore autre chose et j’y pense de plus en plus…
J’aime les imper­fec­tions, les acci­dents et l’équivoque.
Je vois le por­trait comme une vibration…une réso­nance, une res­sem­blance intime et j’ai cette volonté de don­ner sa res­pi­ra­tion au visage et au corps.
Il est un sur­gis­se­ment… fait de silences, d’insinuations, d’abandon par­fois, de pro­jec­tions inté­rieures, d’émotions indi­cibles et fugi­tives.
J’utilise sou­vent un de temps de pose rela­ti­ve­ment long car c’est l’intervalle qui m’intéresse. La sen­sua­lité est pré­sente, jamais trop douce… quelques lumières inci­sives… je cède par­fois la place à quelque chose d’inquiétant…
C’est un tra­vail qui se trans­forme avec le temps et où fina­le­ment les pho­to­gra­phies trouvent une réso­nance entre elles.

Quelle fut l’image pre­mière qui esthé­ti­que­ment vous inter­pella ?
« Le por­trait d’une dame assise » de Jean­loup Sieff et les créa­tions du col­lec­tif Hipgnosis.

Et votre pre­mière lec­ture ?
« Le dic­tion­naire des sym­boles » de Jean Che­va­lier et Alain Gheerbrant.

Quelles musiques écoutez-vous ?
“L’Histoire de Melody Nel­son”, Franz Liszt, Arvo Pärt, Alain Bashung, Frank Zappa, Ferré, les Pink Floyd, Oiseaux Tempête…tout est une ques­tion d’humeur mais j’ai aussi un extrême besoin de silence.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Clair de femme » de Romain Gary ainsi que « Noces / L’été » d’Albert Camus.

Quel film vous fait pleu­rer ?
« Nos­tal­ghia » d’Andreï Tar­kovski et j’ai beau­coup de ten­dresse pour « Les Nuits de Cabi­ria » de Fellini.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Des pos­sibles, une res­sem­blance, moi… mais cela dépend de l’arrière-plan.

À qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
J’ai tou­jours osé écrire…

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Une mai­son d’enfance.

Quels sont les écri­vains et artistes dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Ceux qui pro­voquent des choses en moi… :
Roberto Juar­roz, Alix Cléo Rou­baud, Inge­borg Bach­mann, Rai­ner Maria Rilke, Frida Kahlo, Gus­tave Moreau, Charles Bukowski, Ing­mar Berg­man, Les Nabis, Anders Peter­sen, Odi­lon Redon, Fran­cesca Wood­man, Juer­gen Tel­ler, Franz von Stuck, Guy Bour­din, Fran­cisco de Goya, Jérôme Bosch, Fran­cis Bacon, Camille Clau­del, Kees Van Don­gen, Diane Arbus, Lucian Freud, Sally Mann, Marc Cha­gall, Krzysz­tof Kies­lowski, Henri Michaux, Jean Coc­teau, Emil Cio­ran, Anton Tche­khov, Mau­rice Pia­lat, Ter­rence Malick, Richard Ave­don..
La liste est longue, incom­plète… j’ai des coups de cœur très éclec­tiques.
J’aime aussi la pho­to­gra­phie ver­na­cu­laire et les récréa­tions photographiques.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un fou rire.

Que défendez-vous ?
La capa­cité d’émerveillement, l’audace, le sou­lè­ve­ment, l’exploration, les insur­rec­tions sin­gu­lières, la rêve­rie et les rêves, les silences et sans conteste la dignité.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : «L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas»?
J’cloue des clous sur des nuages — un don — un malentendu

Que pensez-vous de celle de W. Allen : «La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?»
« Qu’est-ce que la vie ? Un délire.
Qu’est-ce donc la vie ? Une illu­sion,
une ombre, une fic­tion.
le plus grand bien est peu de chose,
car toute la vie n’est qu’un songe,
et les songes rien que des songes. »
Pedro Cal­derón de la Barca — La vie est un songe

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Je suis sans réponse.

Films muets ··· Le Salon Littéraire / L’Internaute – 28 mars 2017 / Jean-Paul Gavard-Perret / Films muets

« L’expérience esthétique d’Elisa Migda  est autant existentielle que  photographique et rappelle la phrase de Berkeley  au sujet des images :“Esse est percipi” (“être c’est être perçu”).  Cette phrase demeure capitale pour comprendre le problème généré par une photographe qui précipite dans des abîmes. Cette plongée abyssale est créée au moyen d’une série d’apparitions et de disparitions.

Elisa Migda déblaie l’image et instruit un procès de la représentation. Peu à peu tout s’achemine vers l’effacement et l’extinction dans  une matrice vidée de matière : le modèle peut s’y installer pour se laisser bercer, tandis que le spectateur contemple la scène en une sorte de voyeurisme « déceptif ».  Le modèle ignore l’appareil qui saisit son corps parfois de manière frontale. La femme demeure prostrée jusqu’à l’épuisement  de l’image qui se termine dans le spectre du noir. Parfois elle a la tête dans les mains, pas encore véritablement affalée elle  suggère un balancement qui se meurt.

Demeurent des fragments d’images des morceaux de lumière, des cheminements sans but ou des prostrations d’épuisés. L’artiste devient proche de Beckett lorsque dans  son « Aperçu général »  de « Film » il précise son propos :« le perçu de soi soustrait à toute perception étrangère, divine, humaine. La recherche du non-être par suppression de toute perception étrangère ». La photographe suggère un mouvement de régression vers un lieu primitif. Un lieu d’avant les images. Un lieu d’avant la vie. Un lieu où tout a fini au moment de commencer. »

L’Oeil de la Photographie – 18 mars 2017

Apparitions ··· Kiosk Of Democracy – 21 janvier 2017

La Couleur de la Nuit

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Exposition collective / 07 octobre > 13 novembre 2016
Galerie Des Hospices de Canet en Roussillon

Galerie des Hospices . PO-Life

Exposition – Atelier – Ecriture

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En mai, la médiathèque de Saint-Estève (66) lance pour la 8ème année consécutive un atelier « photographie / écriture » destiné au public adulte et adolescent. Ce dernier propose aux participants de s’inspirer d’une image pour écrire un texte, en prose ou en poésie, puis il invite à un échange autour de l’écriture et de l’imagination.
Expositions : Juin 2016 / Novembre – Décembre 2016  –  Médiathèque Saint Estève – Ateliers
Expositions – Ateliers

Exposition collective ··· La ville décomposée ··· Langage des Viscères – Auditorium Saint-Germain, Paris, 2014

Langage-des-visceres-exposition-elisa-migda-two

Lectures de textes de Jérôme Attal, Amine Boucekkine, Céline Renoux et Marianne /// Les concerts du groupe Farewell Poetry ainsi que le duo parisien Trésors. Une création audiovisuelle expérimentale inédite d’Amaury da Cunha /// Kore, le dernier court-métrage d’Eric Dinkian /// Un diaporama de photographies de Lynn SK accompagné de la lecture de « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce » de Lola Lafon /// Un VJ set de Dorianne Wotton.

Artistes et Photographes : 

Takehiko Nakafuji – Carol Aplogan – Dorianne Wotton – Daria Endresen – Angel Roy – Nihil – Stéphane Dégremont – David Tysman – Chrystel Egal – Diane Dufraisy – Eric Bénier-Bürckel – Virginio Vona – Elisa Léonie Migda.

Le Langage des Visceres
Farewell Poetry
Eric Dinkian
Takehiko Nakafuji
Amaury da Cunha
Daria Endresen
[NIHIL]
Lola Lafon
Dorianne Wotton
Diane Dufraisy Couraud
Lynn SK
MPAA – Auditorium Saint Germain

Contributions 

The Limiñanas ··· Malamore ··· Garden of Love (feat. Peter Hook) / The Limiñanas

The Man and The Sea ··· A Visual Poem / Le parking

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